"OSER LE "VITA MALAGASY"

« vita malagasy » De la négation à l’issue nécessaire

A l’occasion d’une discussion  dans un café d’Antananarivo, un jeune étudiant m’a confié : « C’est très difficile pour nous, les jeunes, d’exister, d’affirmer l’identité de nos recherches, de nos productions et de nos créations. Ce n’est pas facile de nous projeter dans la vie et de nous dire qu’il y a un avenir possible au regard de cette jungle où nous vivons.  Nous n’avons pas de place dans la vitrine du monde où Madagascar n’existe pas. Il y a le monde officiel d’un côté, celui que tu vois à la télé et sur internet. Il y a la misère de l’autre, sauf que la misère c’est nous, c’est chez nous. J’ai peur que nous malagasy ne finissions un jour par être décimés comme les Indiens d’Amérique… ».

J’ai ainsi mesuré combien le contexte social d'un pays conditionne l’essence de la vie de ses citoyens. Je sens combien nos infrastructures politiques, économiques et sociales qui devraient être des facteurs d’épanouissement,  sont devenues inadaptées. Elles sont pour la majeure partie héritées de l’époque de tutelle française et n’ont jamais évolué. D’ailleurs, pourquoi évolueraient-elles ? Ce sont des structures idéales pour participer à l’économie de libre échange où chaque pays a sa fonction : les uns pour acheter,  créer des richesses et capitaliser. Les autres pour nourrir le système à grand coup de main d’œuvre,  de matières premières  et de terres exploitables bons marchés. Rien n’a changé depuis l’indépendance. Il y a les instances organisatrices locales et les grands négociants internationaux. Il y a les dollars, les euros, les ariary et les crève-la-faim. Il est temps de penser malagasy !

Le monde n’attend rien de Madagascar si ce ne sont ses gisements de richesses  au sens propre et au sens figuré. De plus, les conditions pour répondre à ces attentes ne sont pas réunies et en première ligne, les citoyens sont touchés dans leur quotidien : misère, insécurité,  et il n’y a rien de nouveau dans ce triste constat  de bateau à la dérive.

La question est de savoir comment, dans cette défaite annoncée, mettre une première pierre à l’édifice d’une nation indépendante qui veut affirmer son droit à l’existence et  s’émanciper de la tutelle internationale? Il n'y a pas de réponse, mais sans attendre, il va falloir laisser la porte entrebâillée et se mettre au travail !

Quel travail ? Tout d’abord, se recentrer sur de notre mode de vie et sur la qualité de nos productions. C’est ce que j’appelle l’avènement du « vita malagasy ». Découvrons notre manière de produire. Formalisons nos propres normes et construisons la vitrine malagasy où nous pourrons enfin évoluer et nous regarder tels que nous sommes, en lien direct avec nos spécificités culturelles et sociales. La situation actuelle ressemble à celle d’un épicier qui est si mal achalandé que les seuls clients sont ceux intéressés par les murs, la femme et les enfants du gérant.

Vous voulez des priorités ? Cultivons le riz, les fruits, les légumes pour nos propres besoins. Pratiquons l’élevage pour donner des forces à nos concitoyens et à nos enfants. Restons dans l’esprit de la permaculture et de la proximité. Apprenons à respecter notre terre et notre environnement. Encourageons l’éducation à tous les niveaux, enfants et adultes,  alors nous verrons.

Dans tous les secteurs économiques, commerciaux, financiers et industriels, opérons avec nos propres valeurs.  Sortons des sentiers de la performance à outrance et produisons en priorité pour notre marché intérieur. Construisons nos marchés expérimentaux, ces lieux destinés à la fois à nous nourrir et à apprendre. Cela nous fera prendre 20 années d’avance sur le futur d'une planète qui dans son indigestion de technologies numériques, aura besoin de retrouver l’identité de l’homme natif.

Préparons nos secteurs industriels et de services à l’exportation. Etudions nos points forts et sachons rapidement réduire les écarts liés aux normes internationales. Favorisons nos  spécificités et transformons-les en points forts d’adhésion au public des nations étrangères.

L’essor national ne peut être obtenu que par la convergence d’un programme et d’un plan de mobilisation générale qui concerne toute la population et la rassemble dans l’échange des savoirs et savoir-faire de chacun.

C’est tout le travail à accomplir et sachons en toute lucidité, que c’est le seul moyen pour s’en sortir collectivement. Stoppons la spirale du défaitisme. Sachons aller au-delà des mots et accomplir ce destin nécessaire pour faire des paroles de ce jeune étudiant, le dernier résidu d’un mauvais rêve.

Faisons-le pour le moment à l’aune de chacun en nos quartiers et nos village et adoptons cet adage latin dont pour une fois nous-nous rapprocherons : « non sibi sed omnibus »,  « non pas pour soi mais pour tous ». Il y a certainement un équivalent parmi nos beaux proverbes malagasy. Vous qui savez, merci de me les faire parvenir ou encore mieux, de les diffuser autour de vous comme un message d’espoir.

 

Patrick A. Rakotomalala

 

 

MANY TO MANY ET EDUCATION POPULAIRE

Une interview de Patrick Auguste Rakotomalala autour de la question du "vitamalagasy" (made in Madagascar). Faut-il oser le promovoir? dans le contexte de la modialisation? Comment le formaliser et comment en partager les valeurs? Oser l'utopie malagasy.

Vita malagasy, une vision du développement pour Madagascar

En 2015, selon l’INSTAT, les PMI/PME représentaient 90% des emplois à Madagascar pour un poids économique de 25% du PIB. PMI et PME sont les premiers pourvoyeurs d’emplois dans les secteurs formels et informels. Elles sont donc en prise directe avec la réalité quotidienne malagasy et l’économie réelle, garante de la stabilité sociale du pays.

Pour qu'un avenir soit possible pour le pays, c'est au niveau de la micro-économie qu'il convient d'agir, en sortant du cadre de référence classique du développement et en dehors de tout dessein politique. En effet, le politique ne doit pas faire commerce, sous quelque forme que ce soit, des fondamentaux alimentaires, culturels et coutumiers du pays. Cette économie-là, c'est l'économie de la survie sur laquelle nous devrions nous appuyer pour y puiser des modèles nouveaux, puissants et fédérateurs. C'est le creuset de notre développement intérieur.

La mission de l'Ecole Populaire de Développement est de la formaliser et d'en diffuser les modèles positifs.

-         L’EPDE aurait pour première mission d’aider au déploiement des stratégies d’exportation pour les produits à faible volume de distribution, destinés au marché extérieur. Elle encadre le travail de mise aux normes des produits et engage des recherches sur les arguments différenciant de nos offres qu’ils soient techniques, commerciaux ou juridiques.

 

 -         Sa seconde mission serait d’augmenter la rentabilité des produits du marché intérieur. Sur ce segment, elle rassemble les entreprises et les commerces quels qu’ils soient, dans la diversité de leur impact socio-économique. Elle les accompagne pour qu’elles soient en mesure de mener elles-mêmes l’effort nécessaire pour tirer vers le haut l’économie nationale. Les groupes experts créés en son sein réunissent la diversité des expériences individuelles. Quelle que soit l’origine sociale, ethnique, homme ou femme, ce qui rassemble, c’est le projet à mettre en œuvre.

 

Ce qui relie les deux activités, c’est que toutes les deux définissent les forces de leurs offres à travers le concept du « vita malagasy ».

En quoi développer l’économie intérieure du pays est-il synergique avec un travail fait à l’international?

 

La réponse est évidente : vouloir amorcer des échanges internationaux ou envisager un quelconque  développement dans un pays socialement en déshérence est voué à l’échec. Madagascar, est classé par le rapport 2016 du FMI au 5ème rang des pays les plus pauvres au monde.

 

En effet, la pauvreté, quelles qu’en soient les causes, décrédibilise toutes les autorités tant publiques que privées. L’insuffisance de l’économie nationale rassemble la population dans un comportement social d’urgence, terreau instable à tout projet économique et social, cause première de la scission du pouvoir et de la population et bouillon de culture pour l’insécurité.

 

La surenchère du « toujours moins cher » et la précarité ne peuvent pas être un tremplin de développement. C’est un contexte qui favorise l’émergence et la pérennisation d’un état d’esprit opportuniste et fait le lit de toutes les formes d’expression de la pauvreté et de la corruption.

 

Ainsi, le développement de l’économie intérieure est une priorité et la mettre en marche contribuera à consolider tout projet commercial à l’extérieur du pays. Il ne faut attendre aucun retour sur investissement rapide de l’instauration de cette économie intérieure.

 

Il faut par contre réaliser qu’à moindre coûts, c’est le ticket d’entrée et le socle incontournable à tout développement: c’est le garant de notre avenir à l’export.

 

Enfin de façon plus profonde, la civilisation malagasy se doit d’émerger dans sa modernité. Depuis l’indépendance, le pays n’a pas pu affirmer concrètement dans le monde de façon positive, ses codes, ses coutumes et sa culture. Il en résulte pour Madagsacr, l'image d'un pays mystérieux. La promotion et surtout, l’expansion du « vita malagasy » peut devenir le vecteur contemporain de ces fondamentaux.

 

Il est aujourd’hui urgent de promouvoir notre vision claire  de l'avenir et de nous éloigner de tout langage publicitaire éphémère. C’est un Madagascar en action que tout le monde attend et non plus un pays en attente des prochaines aides internationales qui cautionnent le pillage du pays.

 

Patrick A. Rakotomalala

tiré de " Quel Développement pour Madagascar? ".